Bécasse : les premières arrivées
Bécasse : les premières arrivées
Aucune autre chasse ne se pratique avec autant d’incertitude. On peut marcher cinq heures dans les meilleurs remises du département et ne rien lever ; on peut en trouver trois dans un fond de vallon d’un hectare. La bécasse ne se planifie pas, elle se guette.
Ce qui déclenche l’arrivée
Les premières arrivent en France à l’automne, poussées depuis le nord et l’est de l’Europe. Le mouvement n’obéit pas au calendrier mais à la météo du continent : ce sont les premières gelées et les vents de nord-est qui font descendre les oiseaux, parfois par vagues de plusieurs jours.
D’où l’habitude, chez les bécassiers, de suivre les bulletins des pays qui sont en amont sur le trajet. Un coup de froid en Europe centrale se traduit chez nous une semaine plus tard.
La croule, qu’on confond souvent
La croule est le vol nuptial du mâle, au printemps : un vol lent, à la tombée du jour, accompagné d’un cri caractéristique. Ce n’est pas la chasse — c’est même le moment où l’oiseau est le plus vulnérable, et la chasse à la croule est interdite en France, comme celle à la passée.
Beaucoup de bécassiers vont l’écouter au printemps, sans fusil, pour savoir si les oiseaux sont là et en quel nombre. C’est du renseignement autant qu’un plaisir.
Ce que les bécassiers notent
Le carnet de prélèvement est obligatoire, mais la plupart tiennent aussi le leur — et il est bien plus détaillé. La date, le lieu, la météo, le vent, le nombre d’oiseaux levés, l’âge quand on peut le déterminer à l’aile.
Sur dix ou vingt ans, ces carnets valent des études : ce sont eux qui montrent les décalages de dates, les hivers sans oiseaux, les remises qui se sont vidées quand une haie a disparu.
C’est probablement la chasse où l’on documente le plus, et celle où l’on tue le moins.
Les prélèvements
Le prélèvement maximal autorisé existe pour la bécasse : un plafond par chasseur et par saison, posé au niveau national par arrêté, que le préfet peut resserrer dans votre département — avec, souvent, une limite à la journée et à la semaine en plus. Rien n’est donc uniforme d’un département à l’autre. Vérifiez l’arrêté de chez vous plutôt que ce qu’on vous dira au carrefour — c’est un des sujets où les idées reçues circulent le plus.
Le chien fait la chasse
Sans chien d’arrêt, il n’y a pas de bécasse. L’oiseau se laisse approcher de très près et part au dernier moment, souvent derrière un rideau de branches : sans un chien qui bloque et qui vous laisse le temps de vous placer, vous ne verrez rien partir.
Le setter anglais reste le plus répandu chez les bécassiers, mais l’épagneul breton tient très bien le bois serré, et le griffon Korthals entre dans les ronces où les autres renoncent.
Et pour marcher cinq heures dans le mouillé, c’est la polaire qui encaisse le mieux — elle sèche pendant que vous avancez. La bécasse a sa page chez nous, avec ses dessins.

